et si le dollar était déclassé au profit de l’euro ?

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C’est un article du Financial Times qui a fait du bruit sur les places boursières. Selon le quotidien économique américain, de plus en plus d’investisseurs, notamment en Asie et au Moyen-Orient, réfléchiraient à se tourner vers des actifs en euros plutôt qu’en dollars, afin de faire de la monnaie européenne la monnaie de réserve majoritaire dans le monde, au détriment du billet vert.

Une conséquence directe de l’instabilité politique et économique, provoquée par Donald Trump, dont les revirements ne cessent d’inquiéter les marchés financiers depuis le début de l’année 2025. Mais un tel bouleversement est-il envisageable à court ou moyen terme ? « Cela semble peu probable », tempère d’entrée l’économiste Jérôme Creel, directeur du département des études à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui rappelle que le « dollar est la monnaie de référence mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

De la dette ouverte aux investisseurs

Pour qu’une monnaie devienne monnaie de réserve, il faut tout d’abord qu’elle soit détenue par les banques centrales de nombreux pays et qu’elle serve de base pour calculer le taux de change avec sa propre monnaie. Ainsi, la Chine détient par exemple énormément de réserve en dollars. Pour cela il faut une monnaie facilement accessible. « Ce qui est le cas des États-Unis car c’est le pays qui a la plus grande dette sur les marchés. Et comme c’est une économie très forte en capacité de remboursement de sa dette, les marchés et les pays la privilégient comme réserve. »

A contrario, l’euro circule très peu. « On l’a vu lors de la dette Covid contractée par les Vingt-Sept, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui a supporté tout le poids de la dette malgré l’intérêt de nombreux investisseurs. Ainsi, il n’y a pas eu beaucoup plus de liquidité en euros sur le marché », détaille Jérôme Creel. Pour que l’euro, qui occupe actuellement environ 20 % des réserves mondiales, gagne du terrain, il faut que l’UE crée de la dette et qu’elle ouvre celle-ci aux investisseurs étrangers. « Ce que pourrait faire la Commission pour financer le plan de réarmement par exemple », assure Jérôme Creel.

Mais un second obstacle pourrait jouer en défaveur de l’euro : la disparité entre les pays de l’UE. « On pourrait penser que les investisseurs seraient plus enclins à miser sur de la dette en euro, venue d’Allemagne, que de l’Italie ou l’Espagne par exemple. » Ainsi, la valeur même de la monnaie européenne pourrait varier d’un État membre à l’autre. « Pour contrer cela, il faudrait mettre sur le marché une dette commune, sans distinction ». Une solution qui ne semble « pas inenvisageable » mais qui nécessite l’accord des Vingt-Sept.

Le casse-tête du pétrole

La monnaie européenne, bien que beaucoup plus stable, présente également un retard concurrentiel sur le dollar : le pétrole. « Le pétrole s’échange quasiment exclusivement en dollar, notamment pour les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient, comme l’Arabie saoudite », rappelle Jérôme Creel. Il faudrait donc que ces pays aient la volonté de créer une nouvelle place boursière dans laquelle le pétrole ne se monnayerait plus en dollars mais en euros. « Ce mouvement de dédollarisation a été un peu fait en Asie, au profit du renminbi, la monnaie chinoise, pour la vente de pétrole russe après les sanctions dues à l’invasion en Ukraine », rappelle l’économiste.

Un tel changement est donc possible mais ne serait pas forcément profitable aux pays producteurs de pétrole. « L’Arabie saoudite verrait sa richesse dévaluée… et sa monnaie aussi. Là, elle sait exactement à quoi correspond son pétrole en Ryad. Et plus le dollar est haut, plus elle est riche. »

La Chine en embuscade

Et si ces pays abandonnaient le dollar au profit de l’euro, la monnaie américaine risquerait de s’échanger pour trois francs six sous. « Si les marchés paniquent et revendent toutes leurs réserves, le dollar sera très fortement dévalué et tout le monde perdrait énormément d’argent », avance Jérôme Creel.

Un scénario pour le moment hypothétique qui ne pourrait se faire « que sur un temps long » même si l’économiste n’exclut pas un rééquilibrage des monnaies de réserve, avec un dollar moins présent. S’il n’y aura « pas de big bang monétaire », l’euro pourrait quand même prendre du poids sur les places boursières internationales. Mais il « sera en concurrence avec le renminbi », conclut Jérôme Creel.

Les limites de la politique économique de Trump

Depuis le mois de janvier 2025, Donald Trump multiplie les décisions fracassantes, notamment en déclarant vouloir instaurer des droits de douane très élevés sur les importations en provenance du Mexique, du Canada, de la Chine ou de l’Union européenne. Une stratégie « à double tranchant » qui pourrait avoir de lourdes conséquences au pays de l’Oncle Sam. « En faisant ce pari, Donald Trump espère augmenter la production sur son sol, et ainsi créer des emplois et de la richesse. Tout en espérant que les salaires augmentent. Le problème, c’est qu’avec ces taxes, il importe de l’inflation. Il prend donc le pari que les salaires augmenteront plus vite que l’inflation provoquée par ces décisions. » Un jeu dangereux lorsque l’on sait qu’une de ses plus importantes promesses de campagne était de mettre fin à l’augmentation des prix en rayon. S’il échoue, ses électeurs pourraient alors se retourner contre lui.



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